Définition

Le body piercing est, avec ses variantes de stretching cutané et d’implants sous-cutanés, une des différentes formes de modification corporelle, domaine vaste qui englobe à la fois le tatouage, le branding (marque de la peau au fer rouge), la scarification (incision superficielle de la peau), le body-building et la chirurgie esthétique.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Origines millénaires du piercing

Dès la préhistoire, le corps est le premier support de décoration. Les marques picturales ou ornements de matières naturelles (bois, corne…) ont une valeur symbolique. Car un corps vierge de marques est relégué dans l’anonymat et dans la sauvagerie, il ne se distingue pas de l’animal, il reste à l’état le plus radicalement naturel et n’accède pas à la culture, propre de l’homme. 

Ainsi, des recherches archéologiques ont mis à jour au Tchad des labrets de pierre datant du néolithique (90000 à 33000 av. J-C). La présence de boucles d’oreilles fut découverte en Mésopotamie (du Ve millénaire à -500 avant J-C.), Chez les nubiens (4000 à 3000 av. J-C), on arborait des anneaux sur tout l’hélix de l’oreille. Dans l’Égypte ancienne  (3000 à 330 av. J-C), les pharaons portaient des anneaux d’oreille en or. Dans les civilisations précolombiennes  (Maya, Inca, Aztèque), le port de boucles narinaires et autres pendentifs de cloison nasale est attesté. Quant aux statues géantes de l’île de pâques et les représentations de bouddha en Asie du sud-est, elles affichent une élongation du lobe de l’oreille. 

Origines antiques du piercing

Si la boucle d’oreille  est d’un usage assez récent en Occident puisque apparaissant au cours du Moyen Âge, elle fut attestée en Grèce antique, portée par les fillettes, jeunes filles et femmes, dans les mondes romains et byzantins et chez la princesse mérovingienne (env. 450-751).

On trouve aussi la description des anneaux d’or d’oreille et de nez dans l’Ancien Testament (genèse) au sujet de la future femme d’Isaac et des femmes, fils et filles d’Israël.

À partir du IXe siècle, le port ordinaire de ce bijou disparaît d’Europe du nord, mais persiste en Europe méridionale dans les pays en contact direct avec le monde oriental (Italie du sud, Sicile, Espagne) et en orient.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Significations sacrées et sociales dans les sociétés traditionnelles

La marque dans la chair a, dès l’origine, été investie d’une intention magique ou mystique, dont les modalités varient selon les cultures et les époques. Elle incarne la foi en une instance spirituelle supérieure, affirme l’existence de puissances surnaturelles, la finitude de l’homme. Par exemple, transfixion** de la langue chez les prêtres mayas symbolisait la soumission sacrificielle aux dieux. Aujourd’hui, en Inde et dans les cultures associées de la diaspora hindouiste (Île de la réunion), la perforation rituelle des joues manifeste la dévotion des fidèles.

La douleur auto-infligée lors des cérémonies rituelles de marquage corporel est valorisée par les membres d’une communauté qui les pratiquent, possède une valeur incantatoire  : les puissances surnaturelles ou animales vont se manifester devant cet acte d’allégeance.

La valeur sociale du marquage coexiste avec la motivation magico-religieuse. Perforations de nez, bouche, oreille ponctuent les rites initiatiques des garçons et des filles ayant atteint la puberté, puis, l’âge adulte. L’individu, pour mériter cette entrée dans une catégorie d’âge et de responsabilités supérieure, doit s’y soumettre, supporter la douleur physique, montrer qu’il a acquis le caractère d’homme ou de femme. De même, le perçage d’une partie du corps témoigne, tout au long de la vie de l’individu, de son accession à un nouveau statut social (mariage, naissance, deuil), une dignité nouvelle (chef de communauté, chef religieux) ou un certain indice de prospérité sur l’échelle sociale de la richesse.

Donc, avant toute considération esthétique, la fonction symbolique de la modification corporelle est d’intégrer l’individu à une société donnée, de le confirmer membre d’un groupe (femmes, hommes, classe d’âge, clan, distinction autochtones/étrangers)…

Par exemple, les adolescents dayaks (Indonésie) pratiquaient jusqu'aux années 1960 le perçage du pénis afin d’y introduire des chevilles de bois ou de métal, matérialisant qu’ils étaient symboliquement morts en tant qu’enfants et qu’ils incarnaient irrévocablement leur identité adulte. 

Chez les peuples dits « primitifs », les modifications corporelles sont toujours situées près des orifices naturels (oreille, bouche, nez, organes génitaux et zones de contact avec le monde extérieur) afin de les protéger des puissances maléfiques.

Les pratiques étant évolutives, bon nombre se sont éteintes sous l’influence des religions monothéistes (sauf la circoncision).

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Tour d’horizon mondial des marques cutanées identitaires

 

Les Indiens d’Amazonie

Les formes génériques de piercings dans cette région sont les pendants d’oreilles, labrets et ornements de nez faits à partir de dents d’animaux, de nacre de coquillages, de plumes d’aras, de quartz, de morceaux de bois et de brindilles végétales, de fleurs et tiges de bambou.

Les yanomamis  recourent à la perforation rituelle du septum* nasal et de la lèvre inférieure uniquement pour les jeunes filles. Les botoks, les suyas, les tapaynas portent des labrets circulaires pouvant mesurer jusqu’à 12 cm de diamètre. Les kayapos  sont encore célèbres pour leur gros labret labial de quartz en forme de "T", réservé exclusivement aux chefs, et le perçage des lobes d’oreille des bébés quelques jours après la naissance. Ces pratiques ont une fonction d’identification ethnique, de clan, de famille, de sexe, d’âge.

Les Mandans, indiens d’Amériques du nord

Ils furent connus lors de la conquête de l’ouest américain. Ils pratiquaient une cérémonie rituelle, «  o-kee-pa  » ou «  danse du soleil  », qui ne s’adressait qu’aux jeunes hommes et qui consistait à leur insérer des broches de métal dans la chair, à leur ajouter des crânes de bisons, puis à  suspendre leur corps et de les faire tournoyer jusqu’à l’évanouissement. Il était impossible pour ces hommes de se substituer à ce rite, sous peine d’être mis au ban de la communauté et de se voir refuser d’épouser une femme. La douleur expérimentée et les cicatrices rendaient manifestes le courage et la virilité des initiés.

Fakir Musafar (de son vrai nom Roland Loomis, nord-américain né en 1930), « père » des modern primitives, et ses disciples, ont reproduit ce rituel dans les années 1960.

En Afrique

Signe dévalorisant en Occident, le piercing est en revanche très valorisant et indispensable en Afrique subsaharienne où le corps nu n’existe pas  : anneaux, labrets, peintures corporelles et scarifications constituent des éléments de parure incontournables socio-culturellement, mais aussi des marqueurs d’identité ou de statut, d’appartenance ethnique, de croyances…

Il a pour fonctions de renseigner sur le rang social, l’âge et ou l’origine ethnique de la personne qui porte le bijou. C’est le cas par exemple du ndona, labret labial des makondes (Tanzanie, Mozambique, Kenya)  ; des ornements d’oreille des femmes Massaï  (Kenya, Tanzanie) ; des immenses boucles en or des peuls et malinkés (Mali, Côte d’Ivoire), dont le poids étire le lobe de l’oreilles et la narine, signe de richesse  ; du plateau labial chez la jeune fille pokot (Kenya, Ouganda) uniquement porté après le mariage  ; du pendant d’aluminium nasal chez les turkana (Kenya, Ouganda) et les pokot pour annoncer le prochain mariage du fils ou de la fille… un double rang de perles son placés entre les deux oreilles chaque fois qu’un de leur fils devient guerrier.

En Ethiopie et dans la corne d’Afrique, les femmes kichepos  portent un plateau labial, circulaire ou carré chez les femmes très âgées, dont la ressemblance avec les oiseaux au bec en spatule est frappante. Chez les femmes surmas, la taille du disque labial est proportionnelle au nombre de bêtes fournies en dot par la famille de l’époux. Chez les femmes mursis, le plateau labial est soit de bois, soit d’argile.

Au Tchad, les femmes de l’ethnie Fali introduisent un stylet d’aluminium dans le repli supérieur de l’oreille afin d’empêcher les mauvais esprits d’y pénétrer.

En Papouasie Nouvelle-Guinée

Le dénominateur commun à nombre d’ethnies papoues est le septum nasal perforé  : d’une plume, d’un coquillage ou d’un disque de nacre, d’une défense de sanglier (animal jouant un rôle économique et social central dans les cultures de Papouasie et un rôle sacré dans sa forme sauvage lorsqu’il est chassé), d’une dent de chien, d’une feuille de fougère, d’une tige de bambou voire d’une touffe d’herbe.

Il arrive que l’épiderme de l’arête nasale soit transpercé pour y fixer des têtes d’orycte (scarabée brun). Les ailes du nez  peuvent porter une plume d’oiseau, un os ; de même pour les oreilles, des éléments végétaux et animaux.

Ces rites s’inscrivent dans un contexte culturel  particulier : des pouvoirs extraordinaires sont prêtés à certaines créatures, végétales ou animales, mythiques ou totémiques. 

Les ethnies du sud de l’Inde et des archipels d’Asie du sud-est   

Elles possèdent une pratique commune, avec ses variantes spécifiques  : la perforation de la peau du pénis pour y accrocher un ou des anneaux de métal, d’ivoire, de bois, de corne de vache… sa finalité  : des vertus érotiques, aphrodisiaques ou stimulantes évoquées par le kâma-sûtra.

La perforation du pénis peut aussi se faire transversalement, accompagnée d’une scarification de l’épiderme pénien avec introduction d’éléments minéraux chez les ethnies indonésiennes (les toradjas de Sulawesi, les dayaks de Bornéo, les bataks de Sumatra) et les nagas de Thaïlande. 

Sa vocation n’est pas uniquement érotique. C’est un rituel pratiqué à l’adolescence, la douleur est consentie pour mériter le statut d’adulte reconnu par ses pairs et bénéficié d’une protection magico-religieuse de cette zone corporelle à défendre des puissances surnaturelles.

Dans le canton d’Appenzell, en Suisse allemande

Des hommes en tenue de vacher portent la ohreschefe, boucle d’oreille traditionnelle typique de ce peuple des alpages. Cette coutume datant du XVIIe siècle, encore très vivace même chez les jeunes, ne concerne que l’oreille droite et exclusivement les hommes. 

Il s’agit d’un bijou en or ou doré dont le fermoir, au départ simple anneau, est devenu au XIXe un serpent se mordant la queue. Le serpent  est une figure diabolisée par les croyances populaires, mais il est rendu inoffensif s’il se mord lui-même la queue et remplit donc une fonction apotropaïque****. 

La partie parure, de 2 à 4 cm de long, représente une cuillère à écrémer le lait, la vache étant la principale source de richesse de la région. Auparavant, elle longue jusqu’à l’épaule. Lors des jours ordinaires, seul l’anneau est porté, le motif étant réservé aux jours de fête et grandes occasions.

Elle n’est, encore aujourd’hui, absolument pas considérée par les locaux comme une décoration, mais comme une amulette  : elle offre protection contre les maladies des yeux et calme les tempéraments nerveux. Étonnamment, elle n’est pas portée par les femmes.

En Europe au Moyen Âge

L’ancienneté occidentale médiévale du piercing contemporain  est visible dans un certain nombre de peintures flamandes, germaniques et italiennes des XIVe, XVe et XVIe siècles. 

Par exemple, un anneau d’or orne l’oreille du noir dans les très riches heures du Duc de Berry, manuscrit enluminé réalisé vers 1416. Il désigne autant l’étranger que l’infidèle (musulman) à convertir.

C’est également le cas dans Le Christ devant Pilate (1513-1515)  de Jérôme Bosch, trois personnages, deux curieux et un soldat, ont respectivement la lèvre inférieure, les joues et le nez (septum) percés. Idem dans le portement de croix (1515-1516) du même peintre flamand,  deux bourreaux arborent, pour l’un, trois anneaux d’or fixés autour de la bouche et reliés par une chaînette, pour l’autre deux anneaux au menton ornés d’une perle, alors que le juge porte une pendeloque suspendue à un anneau d’oreille.

Dans les images de cette époque, les porteurs d’anneaux sont donc les bourreaux qui procèdent aux exécutions publiques, les juges responsables de la crucifixion du Christ ou du martyre d’un saint, les spectateurs complices, les vieillards lubriques (comme dans différentes versions de l’épisode biblique de Suzanne et les vieillards), les infidèles, les noirs... bref, des personnages réprouvés car incroyants, ennemis de la foi chrétienne ou auteurs d’actes répréhensibles. Le bijou d’oreille en métal est la marque de leur situation d’exclusion de la société.

Durant plusieurs siècles de la période médiévale, l’anneau devient un symbole négatif car originaire d’orient, de peuples redoutés de l’Occident chrétien, suscitant la suspicion, voire paré d’une connotation maléfique. Le métal, quant à lui, matérialise la mutilation faite au corps humain considéré comme sacré dans son intégrité naturelle car créée par Dieu.

Au-delà des représentations picturales véhiculant des messages pédagogiques et moraux, dans la réalité sociale quotidienne médiévale, le bijou d’oreille ou de nez est une des formes de stigmatisation d’autres catégories d’individus : la personne coupable d’un acte infamant (voleur, traître, suicidé), le non croyant  (Juif, hérétique, musulman), celle ou celui exerçant un métier impur ou dévalorisant  (prostituée, jongleur, fou de cour, danseur, saltimbanque, acrobate, dresseur d’animaux, usurier), l’être frappé de maladie ou d’infirmité (lépreux, bossu, cul-de-jatte…).

C’est ainsi que le signe discriminatoire de la boucle d’oreille au Moyen Âge se retrouve chez le fou du roi Charles v  (XIVe siècle) et en Italie du nord au XVe siècle, imposée aux femmes juives. Cette pratique distinctive fait écho aux récits d’Alexandrie  vers 1323-1324, rapportant l’existence de femmes "sarrasines", orthodoxes ou juives  arborant avec fierté boucles d’oreilles et parfois de nez.

Le nez percé d’un anneau représente alors, plus encore que l’oreille percée, le sceau de la «  sauvagerie  » puisque même les animaux nobles (cheval), de labour et de trait (bœuf, vache) et nourriciers (brebis) furent protégés du percement du museau, alors que le cochon, animal vil car sale et glouton, avait souvent un anneau nasal. Guillaume de La Perrière, humaniste et érudit, affirmera clairement en 1539  : "la bague à l’homme et le gland (anneau) aux pourceaux. "

Ainsi, la marginalité contemporaine à l’égard du piercing existait déjà il y a cinq siècles…

La renaissance

Marco Polo, dans son livre des merveilles écrit en 1298 à gênes, avait déjà relaté, au sujet du peuple d’Afghanistan, des hommes portant des anneaux, boucles d’or et d’argents, pierres précieuses et perles.

Parmi les nombreuses représentations picturales et descriptions littéraires des expéditions maritimes aux "Indes", on peut citer  :

- L’homme de l’ethnie tupinamba portant un fragment de corail blanc comme pendant d’oreille dans l’adoration des mages du peintre portugais Vasco Fernandes (1501-1502);

- Les anneaux d’or aux oreilles, nez et cou des Amérindiens que Christophe Colomb évoqua le 13 octobre 1492 dans son journal de bord;

- La perforation des lèvres et des joues des hommes dans lesquels des os et des pierres sont introduits, relatés par le navigateur Amerigo Vespucci lors de son périple en Amérique du sud entre 1499 et 1502;

- Les labrets d’or ornant les visages des Indiens du Mexique, sûrement des totanacs (Etat actuel de Veracruz) que le conquistador Hernan Cortès ramena en Espagne vers 1520. Idem avec des Aztèques ramenés en 1529 à Barcelone, immortalisés par un dessin du Strasbourgeois Christoph Weiditz.

L’époque moderne 

La boucle d’oreille regagne lentement mais sûrement du terrain avec la mode méridionale (influence napolitaine) de la seconde moitié du XVe siècle. De fait, à la fin du XVe et au début XVIe siècles, à Rome et dans les principautés italiennes, on la retrouve chez les femmes de l’aristocratie via la redécouverte de la culture antique. Le renversement de la proscription atteint son apogée en 1530  : l’anneau d’oreille devient la parure indispensable de la femme «  bien née  » et…se voit interdit chez la femme juive  !

Cas identique en France à la mi-XVIe siècle : la reine Eléonore de Habsbourg, épouse de François Ier, mais aussi le Duc de Guise, les rois Henri II, Charles IX et Henri III, arborent à leurs oreilles des anneaux, dont parfois deux ou trois pendentifs à chaque oreille chez les hommes, mode qui résulte des contacts de la cour française avec l’Italie et l’Espagne.

Il faut attendre le XVIIIe siècle pour que les Occidentaux voient dans le percement de la chair à différents endroits du corps des manifestations culturelles puis l’avènement de l’ethnologie, au XIXe siècle, pour que l’universalité de ces phénomènes d’ornementation et de marquage sociaux du corps soit reconnue.

C’est aussi à partir du XVIIIe siècle qu’a lieu la ré-inversion du code social appliqué de la boucle d’oreille  : elle rejoint, parallèlement au tatouage, les groupes «  en marge  » des marins, pirates, gitans, bagnards, légionnaires puis, au XXe siècle, du «  marginal volontaire  » contemporain.

Tout d’abord, le bijou narinaire des Indiennes  est adopté dans les années 1960 par les hippies en souvenir du pèlerinage à Katmandou.

Un autre courant se développe dans les années 1980, avec l’anneau spécifiquement porté à l’oreille droite, signe de reconnaissance dans le milieu homosexuel, mais sa connotation initiale s’est perdue à partir des années 1990, cette pratique étant ensuite adoptée par les hétérosexuels, à commencer par un certain nombre de pop stars.

Par ailleurs, les adeptes contemporains du sadomasochisme sont les pionniers du perçage multiple de l’oreille et de la perforation du nez, du nombril, des seins et des organes génitaux.

Mais l’élargissement du piercing dans la société en Occident dans les années 1980-1990 est dû à trois groupes  : les punks, les «  primitifs modernes  » et les milieux fétichistes.

Les punks

Ils apparaissent en 1975 dans le quartier de King’s Road à Londres. Leur «  vocabulaire  » d’expression : cheveux en crêtes d’iroquois ou en cornes gélifiées, teintures fluo, décoloration, maquillage guerrier, vêtements déchirés, surplus militaires, blouson de cuir, doc martens, épingles de nourrice en guise d’anneau d’oreille ou du sourcil, lames de rasoir, croix gammée, squelette et crucifix à l’oreille, rats sur l’épaule, chaînes de vélo, attirail issu de chez Vivienne Westwood  : cuir, latex, vinyle, bottes à pointe d’acier, ceinture à pointes, collier de chien…

Le message subliminal  qu’ils délivrent à travers cette apparence, c’est la dénonciation du trash de la société de consommation et le refus des valeurs britanniques de l’époque. Ils détournement de façon ironique des symboles bourgeois et monarchiques comme l’union flag, les vestes de costume classiques… qu’ils lacèrent et perforent de pin’s et autres éléments de décoration.

En introduisant le body piercing, le tatouage et le maquillage, ils chamboulent les notions de beauté et de laideur, dénoncent les conventions esthétiques et culturelles en les détournant.

Pour eux, le piercing, en plus du déni de la douleur,  c’est signifier que la sauvagerie est aussi présente chez l’homme occidental et pas seulement chez les peuples primitifs.

Sans caricaturer leur démarche, ils ont la volonté de choquer, mais leurs pratiques reflètent aussi l’inquiétude d’une génération qui écope du chômage, des conséquences de la pollution, des essais nucléaires, de la décadence urbaine.

Les groupes musicaux «  porte-drapeau  »  de ce courant sont les Sex Pistols (se font des brûlures de cigarettes aux bras, se tailladent le torse au rasoir), The Damned, The Clash… on est ici aux antipodes du narcissisme et du romantisme des hippies.

Toujours dans les années 1980, les gothiques s’inspirent des punks, pratiquent le piercing mais de façon moins flagrante et avec un certain dandysme. 

Dans la décennie 1990, le mouvement des cyberpunks  se distingue par la juxtaposition de motifs de déchets industriels et technologiques, de fringues déchirées, de tubulures plastiques, d’osselets dans le nez et d’accessoires sm, d’accumulation d’éléments improbables, le tout évoquant des extraterrestres ou des mutants. Un équivalent musical  : le groupe The Prodigy, techno-métal, dont le chanteur arbore un certain ombre de piercings sur le visage.

Pour un phénomène décrié comme dépravé, sinistre et primitif, il a bénéficié d’une longévité de 20 ans et a constitué un mouvement culturel charnière qui a eu une influence durable sur la musique, la mode, le design et le cinéma.

Les «  primitifs modernes  »

Dans les années 1970, aux Etats-Unis, un groupuscule d’individus «  standard  » la journée et, pour certains, adeptes du cuir et du sado-masochisme, partagent une fascination pour les modifications corporelles et les rites des sociétés primitives. En se réunissant, ils ont fait sortir le piercing, ainsi que le tatouage, le marquage du corps au fer rouge et les scarifications des cercles fermés sm. On les vit aussi réemployer des pratiques tribales et ancestrales de décorations corporelles venues d’Afrique, de Papouasie, de Polynésie… le renouveau  du body piercing a donc trouvé son origine notamment dans la curiosité et la fascination de l’autre, au cœur même de la philosophie des modern primitive.

Les principaux leaders de ce courant  sont :

- Doug Malloy (né Richard Symington à Seattle en 1915), multimillionnaire excentrique. Se fait faire un prince-albert* puis un dydoe*. Après des études de biologie et d’anthropologie, devient ingénieur du son et fait fortune. Rentier, il rassemble des adeptes du piercing et de l’ «  univers cuir  » de la côte ouest. Il meurt en 1979.

- Fakir Musafar, pseudonyme indien soufi (né Roland Loomis dans le Dakota en 1930), fondateur malgré lui des modern primitives, courant le plus extrémiste des adeptes contemporains de modifications corporelles en Occident. Se perce le pénis et se tatoue à l’aide d’aiguilles à coudre de sa mère à 13 ans.

Il s’inspire des sadhus, caste de sages hindous pratiquant différentes formes de mutilation ou de négation sensorielle du corps (transfixion avec des aiguilles, ports d’objets cousus dans la peau…). Son objectif est  de se réapproprier sensoriellement son corps dans une société qui tend à le nier.

Sa vocation est d’utiliser son corps à des fins, selon lui, artistiques. Il porte des ceintures de plus en plus serrées pour affiner sa taille, à la manière de l’ethnie itiburi de Nouvelle-Guinée. Il pratique le rituel amérindien de la «  danse du soleil  », bien que les communautés indiennes des Etats-Unis ne le reconnaissent pas comme un des leurs et ont obtenu l’interdiction de l’usage abusif du nom de cette cérémonie.

Il poursuit ses expériences sur lui-même, recherchant des «  états modifiés de conscience  »  : perforations diverses, jeûnes, privation de sommeil, dort sur des clous, s’applique des pinces à linge sur l’intégralité du corps, suspend des poids à ses piercings, se fait faire une opération d’agrandissement du sexe…

Selon lui, pour échapper au conformisme ambiant de la société occidentale, le seul recours existentiel est de particulariser son corps en le retouchant, en le façonnant à ses goûts et désirs pour répondre «  à ce besoin primitif d’expression corporelle, à cette urgence vitale  » que nous savons socio-culturellement pas écouter.

Parallèlement, s’ouvrent les premiers organismes dédiés au piercing  : 

  • Le premier vendeur américain de renommée internationale  est Jim Ward, qui fonde sa boutique «  Gauntlet  » en 1975 à Los Angeles  ; suivront des succursales à San Francisco, New-York, Seattle, puis Paris en 1995,
  • Le premier vendeur britannique de renommée internationale  est Alan Oversby, alias Mr Sebastian, à Londres
  • La première revue spécialisée par abonnement  est PFIQ (Piercing Fans International Quarterly), qui voit le jour en 1978

Dans la foulée, se créent des collections de bijoux, des instruments destinés aux professionnels, des cours et des ateliers, des vidéos…

À cette époque, la «  vague piercing  » s’étend à l’Europe du nord et au reste du vieux continent, conquiert des milliers d’adeptes et voit l’essor de la presse spécialisée (body art, skin two, tattoo savage). Les publications autrefois consacrées au tatouage incluent les autres formes de modifications corporelles, faisant une place au body piercing.

Depuis, Gauntlet est passé du statut de quasi-monopole à victime de la concurrence. Jim Ward s’est retiré des affaires et Mr. Sebastian est décédé. De nouvelles entreprises «  multinationales  »  on émergé : Wildcat (GB), I Max international (Italie), Custum tattoo supplies (Pays-Bas), Pleasurable piercings (US), Tombstone (US), Body jewellery (US), Inverness (US).

Pour une part des adeptes, le piercing est le prolongement du tatouage, ces deux types de modifications corporelles étant souvent liés. Mais deux philosophies se distinguent  :

- les punks  expriment la désillusion et la futilité de la société à travers les piercings, la lacération de la chair et les symboles macabres, 

- les modern primitives y voient les bienfaits physiques, psychologiques voire spirituels de l’acte de perforer et de porter des objets/bijoux. Il s’agit d’un embellissement, d’une sublimation et d’un enrichissement émotionnel, voire sexuel.

Ce sont deux espèces d’utopies, à l’heure où les grandes idéologies politiques et religieuses sont mortes. Si on ne peut changer le monde, on peut en revanche changer le corps. Car dans une société globalisée où plane la menace d’un conflit nucléaire des années 1970, s’ajoutent dans les années 1980-1990 la peur du sida, les manipulations génétiques et  l’omni-technologie. «  le corps devient le dernier refuge, l’ultime lieu de contrôle symbolique où traduire quelque chose qui ressemble à une quête identitaire.  » (extrait de piercing, rites ethniques, pratique moderne).

Il y a aussi, à l’origine du mouvement des primitifs moderne, une perversion singulière, une tendance pathologique à l’automutilation, déguisées en tendance culturelle. Mais il est réducteur de cantonner le piercing à  une déviance collective vers le sadomasochisme.

Les milieux fétichistes

Il faut préciser qu’à part le corset, le piercing est la seule modification corporelle du type fétichiste pratiquée en Occident. 

Lors de la décennie 1970, cruciale, la haute couture et la mode se sont emparées des symboles du sadomasochisme, du fétichisme* et du bondage, jusqu’alors confinés à des cercles privés restreints, et ont emporté avec eux le piercing dans un élan populaire. 

Citons aussi le rôle important joué par le féminisme dans la mode à partir des années 1970 afin de dénoncer le rôle de femme-objet. La femme devient, dans les années 1980, «  maîtresse  », «  femelle dominatrice  », reflet de la colère qu’elle éprouve quant à la place que la société lui faisait jusque-là et des luttes de pouvoir qui se jouent avec le sexe opposé. 

Autre influence de taille  : le mouvement homosexuel, qui fait émerger un nouveau modèle sexué, tel l’androgyne. Les vêtements et bijoux unisexes apparaissent, la frontière entre masculin/féminin devient floue.

À la croisée de ces influences, Vivienne Westwood, Thierry Mugler et Jean-Paul Gaultier contribuent à démocratiser, l’une le sexe sulfureux, l’autre la figure de la  femme fatale  agressive, le dernier le corset qui ne revêt plus sa connotation de torture mais plutôt d’érotisme. Jean-Paul Gaultier pare ses mannequins de vrais et faux piercings lors de défilés en 1993 et 1994 qui feront date. Pour lui, il ne s’agit pas tant qu’éléments primitifs que d’éléments décoratifs, permettant de faire du corps une œuvre d’art.

Parallèlement, avec l’ouverture de clubs sm grand public en Grande-Bretagne (Torture Graden, Skin Two, Club Block), la «  démocratisation  » du cuir et du latex, des looks dérivés de l’ «  érotisme pervers  » comme le tatouage et le piercing font tomber des tabous. Mais la grande masse ne s’inspire que de l’apparence et n’adopte pas la « philosophie  » sm aux rituels très codifiés.

Cette tendance correspond à l’explosion et à la visibilité inédite de sexualités «  hors norme  »  : mouvements sm, gays et cuir. Elle joue des frontières entre conformisme et rébellion, masculin et féminin, norme et perversion…

Le XX eme siècle

Le piercing  reste, pour le grand public, relativement marginalisé socialement car davantage synonyme de mutilation que d’ornementation et assimilé à une régression vers le «  sauvage  », au primitivisme. Pourtant, son port est revendiqué par ses adeptes et non imposé comme signe discriminant par la norme sociale, et la connotation «  primitive  » est validée par ses partisans. Mais cette tension entre sauvagerie et civilisation n’est-elle finalement pas propre à la condition humaine  ?

La perception des manières dont on embellit le corps ou dont on l’utilise comme moyen d’expression identitaire étant spécifique à chaque culture et à chaque contexte historique, la notion de «  barbarité  » diffère selon le point de vue culturel. D’anciennes pratiques telles que le limage des dents par certains peuples d’Amérique du sud, le bandage des pieds des chinoises de la noblesse impériale et le port du corset féminin en Europe jusqu’au début du XXe siècle, qui provoque désormais l’effroi et la révolte, jouaient un rôle de marqueur social très précis. De même, le piercing contemporain est investi d’un rôle que lui assigne celle/celui qui le porte, mais il est d’ordre personnel. Il relève d’un choix individuel.

L’origine du malaise qui est associé au piercing, c’est d’une part l’ostracisme pluriséculaire dont il a fait l’objet, dû à une tradition de sacralisation du corps présente dans l’inconscient collectif, d’autre part le fait qu’il ne correspond pas aux canons de beauté traditionnelle de masse, quand bien même son usage se démocratise et se banalise. 

Situation paradoxale de nos jours car le corps s’est affranchi des tabous sociétaux (nudité, plaisir charnel) d’héritage Judéo-Chrétien, mais le piercing reste la forme de modification corporelle la plus male vue, contrairement au body-building (lorsqu’il n’est pas excessif) et à la chirurgie esthétique (liposuccion, lifting, implants mammaires) dont le seuil d’acceptabilité dans la population est plus élevé.

Et s’il n’est plus un interdit ni une marque sociale infamante comme au Moyen Âge, il demeure connoté comme auto-mutilatoire et comme une marque visible, dévalorisante car indiquant l’appartenance à un groupe socialement déprécié. 

Le piercing est, pour le sociologue Erving Goffman***, un «  stigmate  » car il singularise une «  sous-culture  », signale un groupe social aux pratiques culturelles différenciées du «  terreau commun  », symbolise un système de valeurs en marge de la société dominante.

La notion d’exclusion persiste au sujet du piercing dans la culture occidentale, mais le code social s’est inversé  : il s’agit d’un choix délibéré et non plus d’un signe discriminant. La distinction identitaire perdure mais à travers une démarche de revendication (quelle qu’elle soit) et devient le symbole de rébellion sociale, même si elle n’est « que » esthétique, et non plus d’asservissement. Ce sont des motivations similaires qui expliquent le body piercing chez  les punks, les adolescents en rébellion, les primitifs modernes, les homosexuels…  : afficher un signe distinctif, privé ou d’appartenance à un groupe, marginal ou pas.

Pourtant, on ne peut pas parler de «  clan  » homogène à propos des adeptes du piercing. Les significations sociales sont sensiblement différentes selon les groupes  : elles sont fonction de l’âge, du nombre d’ornements portés, de leur localisation sur le visage et le corps, du statut social de l’individu…

«  le perçage d’un organe n’a de sens qu’éphémère, sa valeur est circonscrite à un lieu, un moment, un groupe déterminé. Là-dessus, tout n’est que brouillage des codes, détournement et récupération, appropriation par un groupe qui investit la marque d’une valeur de symbole  : on colle, on assemble, on hybride et on bricole  ». (extrait p. 60 de piercing, rites ethniques, pratique moderne). Les signes véhiculés par le body piercing sont fluctuants, faits de symboles détournés, d’emblèmes récupérés, de parodie, de plagiat… et d’appropriation personnelle totalement unique selon le parcours existentiel de chacun.

Comme tout type de modification corporelle, le body piercing revêt une multiplicité de sens selon les individus qui les portes. Pour certains, le bijou lié à l’affichage de goûts musicaux, bien qu’au départ il concernait les milieux d’initiés, notamment les punks, avant d’être récupéré par les pop stars très médiatisées. Pour d’autres, il est vecteur, surtout chez les jeunes, d’un signe discret de rébellion envers les aînés, chez les adultes d’une rébellion collective, comme le mouvement punk, à l’ordre socio-culturel établi. Pour d’autres encore, il véhicule une identité créative pour des stylistes tels Jean-Paul Gaultier et Vivienne Westwood, héritière des courants punk et post-punk.

La modification corporelle en général symbolise le changement du corps ou une étape existentielle. Alors que la parure, le maquillage, le parfum et le vêtement  sont des interventions superficielles et éphémères sur le corps, le piercing  est une intervention plus définitive, bien que réversible, contrairement au tatouage.

Chez l’adolescent, il joue comme un marquage volontairement visible du passage de l’enfance à l’adolescence. Chez l’adulte, il est parfois dissimulé lorsqu’il s’agit de ne pas entraver le rôle social de celui qui le porte, il matérialise un rapport plus intime au corps, il peut même revêtir une dimension érotique dans la relation amoureuse…

L’univers occidental contemporain  étant caractérisé par le matérialisme, le consumérisme, la religion supplantée par la science et la disparition des rites de passage, il en résulte que le corps est sacralisé jusqu’à parfois vouloir atteindre les canons de beauté quasi inaccessibles d’un corps parfait (bronzé, musclé, sans graisse), sans marques de vieillesse, de déchéance physique et de douleur. Or, percer la peau, la chair ou le cartilage c’est aussi ressentir de la douleur ou encore érotiser ses sensations et ainsi (re)prendre possession de son rapport au corps.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

En guise de conclusion…

Parer le corps, même en y portant atteinte par la perforation de la chair, est une réalité anthropologique de toutes les époques et cultures. 

Comme pour le tatouage, le body piercing est un symbole magique, d’identité ethnique et d’intégration sociale dans les sociétés primitives, alors qu’il est plutôt devenu un vecteur de manifestation antisociale contre la culture “mainstream” Occidentale. 

Et bien que perçu comme une originalité ou une incongruité en occident aux  XXe et XXIe siècles, il s’inscrit en réalité dans une continuité historique… seule sa symbolique a changé.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Quelques témoignages d’adeptes

Orion, trentaine d’années  : «  le piercing est une expérience spirituelle, qui m’a appris à dissocier le corps de l’esprit  »

Adepte du yoga et de la méditation, DJ en rave parties, proche de l’idéologie «  zippie  »/cyberhippie (nomades de la techno, fascination pour la technologie et retour au primitivisme), il porte deux clous dans la langue, une grande barre dans le septum nasal, un anneau à la narine droite, deux grands écarteurs dans les lobes, un clou sous la langue et trois points tatoués entre les yeux (tradition hindoue). Il a expérimenté les perforations rituelles non permanentes, comme les aiguilles dans le dos. Sa vision du piercing  : «  c’est ridicule de se trouer le nombril, par exemple, ce n’est qu’un effet de mode  »  ; «  le piercing est beau, tribal et très érotique.  » Il véhicule selon lui une idéologie proche de celle de la beat génération, de paix et de tolérance.

Christophe, trentaine d’années  : «  une parure, mais discrète  »

Coiffeur homosexuel. Devenu accro du piercing pour son côté esthétique. «  les allumés qui se suspendent par des crochets et prétendent entrer en transe ce n’est vraiment pas mon truc  ». Pour lui, le piercing n’est qu’une parure, un bijou individualisé, éventuellement fait sur mesure, mais qui doit rester discret.

Sonia, vingtaine d’années  : «  à chaque fois, je me dis que ce sera le dernier  »

Étudiante en art dramatique. «  c’est douloureux, je me paie à chaque fois des chutes de tension terribles, à la limite de l’évanouissement, je ne sais vraiment pas ce qui m’y pousse, mais j’y reviens toujours. J’adore l’idée d’avoir du métal dans le corps, le toucher, en changer, jouer avec piercings, c’est hypersexy  ». Elle porte une barre dans le septum nasal, un clou vertical dans la lèvre inférieure, une tige dans le cou, une perforation au nombril et un clou dans la langue.

André et Serge, quarantaine d’années, copains de longue date et motards en Harley

Ils ont porté un anneau à l’oreille gauche à l’adolescence (l’oreille droite étant trop connotée «  homosexuel  » à l’époque). Leurs premières modifications corporelles  furent des tatouages. Portent tous deux un anneau au mamelon gauche, après avoir trouvé ça joli sur le nombril de leurs compagnes. «  et puis le rituel du piercing impliquait aussi l’idée d’un certain courage, de ne pas flancher devant la douleur  ». Ils trouvent sensuels les bijoux au sein, mais hésitent à se faire percer l’autre mamelon en raison de la connotation sadomasochiste. Ils sont hostiles aux piercings du visage, qui leur rappellent trop les punks.

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

* vocabulaire et références bibliographiques, présentés par ordre de citation dans le texte

Septum  : paroi, cloison

Transfixion  : procédé chirurgical d’amputation qui consiste à traverser d’un coup la partie que l’on veut amputer et à couper les chairs du dedans vers le dehors.

Stigmate, les usages sociaux des handicaps, par Erving Goffman, Editions de Minuit, 1975, collection « Le Sens Commun «

Apotopaïque  : se dit d'un objet, d'une formule servant à détourner vers quelqu'un d'autre les influences maléfiques.

Fétiches  : objets possédant un attrait sexuel éclipsant l’érotisme du corps humain

----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

Sources

Piercing, sur les traces d’une infamie médiévale, de Denis Burna, Editions Textuel, Paris, 2001, 60 p.

Piercing, rites ethniques, pratique moderne, de Véronique Zbinden, Editions Favre, Lausanne, 1997, 176 p. (épuisé)

Un grand merci à Séverine Davignon pour la rédaction de ce dossier sur l'histoire du piercing. Des heures de recherches pour nous fournir cet écrit très complet et sourcé ! Encore merci Sév' !